Barbotant dans l'écume
jaune que déposaient des vagues inconsistantes, m'engluant dans un sable mou hérissé de coquillages efflanqués, je me languissais de Paris.
Je trainais un début d'ennui tout au long de cette grève en m'interrogeant sur le nombre de siècles qu'il
me faudrait patauger sur cette plage pour voir des palmes me pousser à la place des pieds.
Un horizon de dunes fatiguées à ma gauche et un désert liquide à ma droite entretenaient cette solitude
forcée propre aux vacances familiales en bord de mer.
Il fallut que Poséidon en personne prenne mon mal en pitié pour qu'un miracle salutaire se produise sous
mes yeux.
Surgissant de nulle part, m'apparut un signe céleste.
Sur le sable.
Une guirlande d'empreintes de pieds aussi menus que ceux que les anges laissent dans la plupart de mes
rêves érotiques.
Témoins du passage récent d'une naïade dans les parages, ces empreintes étaient d'une telle délicatesse que
le plomb du soleil à lui seul les effaçait, laissant à la mer blasée le soin d'en lisser les derniers reflets.
Par jeu j'accélérai le pas pour tenter d'apercevoir la silhouette de la belle inconnue.
Rien à faire. L'ondulation de la plage me privait de ce plaisir voyeur.
Il suffisait que la fraicheur des empreintes augure de l'imminence de la divine apparition, pour que le
chapelet de ses pas change aussitôt de direction. Il s'en allait alors se perdre dans le dédale des dunes où s'engloutissait carrément dans l'océan.
Les sens à fleur de peau, je me suis mis à fantasmer.
Je faisais l'objet d'un jeu.
Un jeu sensuel et érotique.
C'était évident. Se sentant suivie et talonnée par un mâle, la finaude me baladait par-ci par-là pour
aiguiser son propre plaisir.
Une sorte de parade amoureuse en quelque sorte…
Ce fut au détour d'une langue sablonneuse au cœur des effluves marines que son parfum est venu à ma
rencontre pour la première fois...
Poivré et fleuri à la fois, il excita aussitôt mon imagination et me sculpta une déesse dans un bronze si
flamboyant que j'aurais bien donné du battant au fond de sa cloche.
A l'entrée de la crique suivante, au milieu de ses pas, une lanière de cuir ornée de perles rouges
m'attendait.
La coquine me laissait des indices à présent. La couleur de ses bijoux me laissa penser qu'elle était
brune. Délicieuse découverte qui me mit le feu au corps !
Quelques instants plus tard, c'était une paire de lunettes de soleil qui m'attendait au milieu des
bigorneaux. Je m'attardai un instant sur le sourire mystérieux que je devinais au fond des verres fumés puis me remis en quête d'autres richesses.....
Je découvris ainsi un paréo frissonnant d'émoi dans le vent et plusieurs autres colliers vibrants encore
des palpitations de sa poitrine.
Le soleil qui carbonisait mon crane, la soif que cette longue course le long de l'océan avait fait naître,
expliquent probablement les hallucinations dont je fus pris à cet instant.
Je n'étais plus très loin de sombrer dans la démence.
Sur la mer, la grand-voile d'un bateau claquait au vent comme l'élastique d'un string en folie.
Dans le ciel, des mouettes blanches comme des soutifs ricanaient de me voir ainsi, et autour de moi des
coquillages imberbes s'entrebâillaient en bavant de plaisir.
Son entêtant parfum était tout proche à présent. Je le respirai à pleins poumons en rampant sur le sol
incandescent.
Guettant parmi ses empreintes les moindres lambeaux de ce striptease insensé j'étreignis désespérément le
sable comme s'il était de la chair. Je le pétris, m'agrippai à ses hanches, me blottis dans ses creux, le fouillai et m'enfouis dans ses humeurs.
Un autre foulard vint s'enrouler autour de mon poignet.
Toujours les mêmes senteurs enivrantes. Ma naïade devait être complètement nue à présent.
Encore un petit effort et j'allais enfin la découvrir, alanguie au pied de la prochaine dune !
Je me laisserais alors glisser jusqu'à elle et sans même prendre le temps de l'embrasser irais frapper à la
porte de sa conque, l'écouterais gémir avant de m'y engloutir en pilonnant son corps tel la vague au creux du rocher.
Puis je roulerais mes pauvres galets dans son écume jusqu'à ce que la houle nous sépare.
J'en étais donc à ce sommet de mes délires lorsque, parvenu au sommet de la fameuse dune, la créature
divine m'est enfin apparue.
Drapée dans de vaporeuses fanfreluches aux couleurs du soleil, elle me souriait.
Une longue silhouette d'ébène.
Un immense sourire à la blancheur éclatante.
L'Afrique dans toute sa splendeur...
… !?
Un vendeur à la sauvette. Un camelot des plages !
Colporteur de mes fantasmes bien malgré lui, le bougre tendit la main vers mes trésors de
guerre.
Le chant des sirènes était devenu chant du cygne. Aujourd'hui j'entends encore sa voix chantante portée par
le vent.
« Hey Missié...
Toi y'en a être tri gentil de me rapporter tout qu'est-ce que ji perdu dans la plage !
Mirci Bocoup !
Pour ta pine ti peux garder les linettes !.... »
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Texte publié sur pcc le 30 juillet 2010 en commentaire
à L'Amour à la Plage (Niagara)
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